Ancien appui-nuque, Banio/Me’en, Vallée de l’Omo, Ethiopie

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Description

Ancien appui-nuque (ou appui-tête)
Banio/Me’en, Vallée de l’Omo, Ethiopie

Style 1A selon la classification de Christian Bader (cf. texte ci-dessous)

Bois
Dimensions : H 20 cm, L 23 cm, P 16 cm

Appuis-nuque d’Afrique de l’Est

Chez les Turkana du Nord du Kenya, ou les Karamajong du Sud de l’Ouganda, l’appui-tête (ou appui-nuque) est un accessoire dont un homme ne se sépare jamais. Il lui sert à préserver sa coiffure pendant la sieste ou le sommeil. Il comporte deux pieds entre lesquels est tendu un lacet de cuir, ou n’a qu’un pied et est alors agrémenté d’une poignée de cuir ou de métal. Les appuis-nuque peuvent être décorés de motifs animaliers ou géométriques pyrogravés. Un homme pourra parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour s’en procurer un auprès d’un artisan renommé.

En Somalie, chez les Afar, les Boni et les Somali, et en Éthiopie, chez les Sidamo, les Kambatta, les Kaffa et les Guragé, les appuis-nuque sont à l’usage des femmes comme des hommes. Ils sont décorés de motifs géométriques intriqués, probablement influencés par les dessins islamiques.

Les appuis-nuque de la corne de l’Afrique ont un registre de formes étonnamment large. Ils sont de ce fait de merveilleux objets à collectionner. L’usage et le gras utilisé pour leur entretien leur confèrent de belles patines luisantes.

 

NOTE SUR LES APPUIS-TÊTE DE LA BASSE VALLÉE DE L’OMO

Répandu à travers toute l’Afrique, l’appui-tête ne survit plus aujourd’hui que dans quelques régions isolées du continent, et notamment dans la zone où se rejoignent les quatre frontières de l’Éthiopie, du Kenya, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Dans la basse vallée de l’Omo, en Éthiopie, vivent ainsi des peuples qui continuent à fabriquer cet objet et à s’en servir quotidiennement. L’appui-tête constitue un objet emblématique de la civilisation matérielle de ces peuples qui, de langue couchitique, omotique ou surmique, ont subi à des degrés divers l’influence culturelle des grands peuples paranilotiques comme les Karimojong d’Ouganda, les Turkana du Kenya ou les Toposa du Soudan du Sud.

Il eût été parfaitement pertinent de classer les différentes variétés d’appuis­tête en usage dans la basse vallée de l’Omo selon la forme que prennent leurs tablettes, leurs montants ou leurs socles, et de tenter de définir une sorte de typologie régionale de l’objet, en accordant davantage d’importance à sa structure qu’à son « identité ». Le classement par famille linguistique a cependant été préféré. Ce choix s’efforce de replacer le plus précisément possible l’objet dans l’environnement ethnographique dont il est issu, et dont ni les marchands d’art, ni même les auteurs de la plupart des ouvrages consacrés aux appuis-tête n’ont voulu à ce jour se préoccuper outre mesure, peut-être tout simplement parce qu’ils ignorent le plus souvent la provenance exacte des objets qu’ils proposent à la vente ou à l’admiration des lecteurs. Ce classement « ethnographique » a le mérite, je crois, de reconnaître à l’appui-tête, non pas tant sa fonctionnalité, mais sa fonction première, qui est d’affirmer l’identité, non seulement de son possesseur, dont il est en quelque sorte le prolongement matériel, mais de la communauté dont il est originaire.

Peuples surmiques (Bodi Me’en et Tishana, Mursi ou Mun, Chai et Tirma, Suuri ou Baalé)

Le cercle surmique comprend une dizaine d’ethnies qui, longtemps méconnues, se sont établies dans les régions les moins accessibles de la basse vallée de l’Omo et de la frontière éthio-soudanaise. En Éthiopie, ce cercle de civilisation, dont le trait le plus spectaculaire est la taille des labrets de terre cuite ou de bois portés par les femmes dans certaines ethnies (les fameuses « femmes à plateaux » rendues célèbres par les marchands d’images), est représenté par les Me’en, divisés en Bodi (éleveurs) et Tishana (agriculteurs), ainsi que par quatre groupes culturellement très proches : les Mursi ou Mun de la rive gauche de l’Omo, les Chai et Tirma (collectivement appelés Surma de l’outre-Omo), ainsi que les Baalé, appelés Suuri ou Kachipo au Soudan du Sud.

Au sein du cercle surmique, l’appui-tête est nettement moins répandu que chez les ethnies du cercle hamar ou chez les Paranilotes (les Nyangatom). Apanage des anciens, il a une fonction purement matérielle, sert essentiellement de siège (les hommes de ces ethnies n’apportent guère en effet de soin particulier à leur coiffure et se rasent le plus souvent les cheveux) et n’est pas associé à des rituels particuliers.

L’appui-tête le plus « typique » de ce cercle est celui qui a été répandu par les Me’en Tishana; ceux-ci entretiennent en effet depuis plus d’un siècle des contacts étroits, mais qui n’ont pas toujours été pacifiques, avec les populations des hauts plateaux d’Abyssinie. Appelé chakkam, l’objet est formé d’une vaste tablette ovale ou presque ronde, plate ou légèrement incurvée, souvent biseautée ou bilobée (en forme de
« huit »), d’un haut socle hémisphérique ou ovale, à base toujours plate et dont l’adhérence est parfois assurée par un morceau de plastique découpé dans une semelle, et, entre ces deux éléments, d’une structure de forme variable : soit un montant aplati, assez épais, droit ou évasé vers le haut, qui semble être la forme originelle (Surmiques, style 2) et que l’on trouve sur les objets les plus anciens, soit quatre piliers à section carrée (Surmiques, style 1A) ou, plus rarement, deux (Surmiques, style 1C) ou trois piliers (Surmiques, style 1B). En dehors de points pyrogravés ou de petits disques de laiton, le chakkam, taillé le plus souvent dans un bois rougeâtre, plus rarement dans des essences plus sombres, est généralement assez peu décoré. Ainsi, chez les Tishana, la poignée est faite d’une fine tige de métal (Surmiques, style 4, 5 et 6), d’une simple cordelette ou, plus rarement, de bois (Surmiques, style 3).

Christian Bader
Diplomate (actuellement ambassadeur de France en Guinée équatoriale, ancien ambassadeur dans le nouvel État indépendant du Soudan du Sud), ethnologue et linguiste, auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux peuples de l’Afrique orientale.

Extrait de « Note sur les appuis-tête de la basse vallée de l’Omo » in Appuis-Nuque de la Corne de l’Afrique, Odilon Audouin, Toguna, 2016

Informations complémentaires

Pays

Ethiopie